TRIBUNA NOASTRA
NR. 58, iulie - septembrie 2007

ENTREVUE AVEC SON EXCELLENCE MADAME MARTA MOSZCZENSKA,
AMBASSADEURE DU CANADA A BUCAREST

 

Son Excellence, madame Marta Moszczenska, Ambassadeure  du Canada à Bucarest, a eu l’amabilité d'accorder une entrevue au journal Tribuna noastra de Montréal.

L’entrevue a été réalisée au siège de l’Ambassade du Canada à Bucarest.

Mme Marta Moszczenska (B.A., Université Carleton) est entrée au ministère de l’Industrie et du Commerce en 1977, en qualité de déléguée commerciale. En 1985, elle est devenue agente du Service extérieur et a été affectée à Milan et à Boston, à titre de déléguée commerciale. À Ottawa, elle a occupé le poste d’adjointe ministérielle au cabinet du ministre du Commerce international, a œuvré dans le domaine de la politique commerciale, ainsi qu’au sein du Pro-gramme de développement des marchés d’exportation. Elle a également occupé le poste de directrice adjointe à la Direction de la liaison et des projets spéciaux en matière de développement du commerce. De 1994 à 1996, elle a dirigé la Direction du personnel administratif permutant. De 1996 à 1999, elle a été conseillère commerciale et consule à l’Ambassade du Canada en Indonésie. En 1999, elle a été nommée ambassadeure du Canada auprès de la Hongrie, avec accréditation simultanée auprès de la Slovénie. Elle a récemment été directrice de la Direction des Pays baltes, de l’Europe centrale et de la Méditerranée orientale à Affaires étrangères et Commerce international Canada. Mme Moszczenska succède à M. Franco Pillarella.

ANA MARIA SURUGIU: Excellence, nous voudrions vous faire connaître à la communauté roumaine au Canada, par conséquent, je vous prie de présenter, en bref, vos activités avant d’être nommée Ambassadeure en Roumanie.

MADAME MARTA MOSZCZENSKA, Ambassadeure du Canada  à  Bucarest :

Je fait partie du service extérieur du Canada depuis presque 30 ans et j'ai donc beaucoup voyagé pour représenter le gouvernement  du Canada. J’ai d’abord été affectée à Milan, à Boston, et à Jakarta. J'ai par la suite été nommée ambassadeure du Canada à Budapest, auprès de la Hongrie et de la Slovénie. J’ai ensuite occupé le poste de directrice pour l’Europe centrale au siège social du ministère à Ottawa. En juillet 2006, j’étais nommée à Bucarest comme ambassadeure, non seulement pour la Roumanie, mais aussi pour représenter le Canada auprès de la Bulgarie, de la République de Moldova et de Chypre.

AMS: Quelle a été votre première impression des Roumains et de la Roumanie?

MM: Le peuple roumain est très chaleureux et je suis enchantée d’être ici. Le fait que je sois d’origine polonaise m’aide incontestablement. Je suis née au Canada, mais  étant d’origine polonaise, je me sens bien à l’aise dans la région. J’ai aussi séjourné trois ans à Budapest, donc j’ai déjà  passé un peu de temps en Europe centrale. Venir à Bucarest, c’est un peu comme revenir chez moi.

AMS: Comment s’est faite votre adaptation dans votre nouveau milieu?

MM: Je me suis rapidement adaptée. Encore une fois, j’ai trouvé que les Roumains m’ont spontanément acceptée. Beaucoup sont déjà devenus des amis, même si je suis ici depuis moins d’un an. L’adaptation est peut-être un peu plus facile quand on est ambassadeure, mais le soutien que j’ai reçu ici est formidable et c’est la même chose quand je voyage dans les autres villes de Roumanie. Pas seulement à Bucarest, mais à Oradea, Brasov, Ploiesti et à Alba Iulia où j’ai déjà passé du temps. J’ai rencontré partout des Roumains formidables.

AMS: Est-ce que vous avez  réussi à suivre des cours de langue roumaine?

MM: J’ai pris quelques semaines de cours avant d’arriver à Bucarest et j’ai l’intention de poursuivre mes cours de roumain mais, m’occupant de quatre pays, je n’ai pas beaucoup de temps pour ce  faire.

 AMS: Quelle est votre opinion en ce qui concerne le problème de l’équivalence des diplômes des nouveaux arrivants?

MM: J’ai consulté mon chef de programme de la section d’immigration à ce sujet. L’équivalence des diplômes est une responsabilité provinciale. Chaque province a ses associations et ses règles touchant la reconnaissance des titres professionnels dans le cadre de l’immigration au Canada. Cette situation nous touche et nous faisons de notre mieux pour activer le processus, mais celui-ci est vraiment de nature provinciale. Néanmoins, le gouvernement fédéral canadien travaille conjointement avec les provinces pour tenter d’améliorer  la situation.

Au Canada, nous manquons de médecins et de représentants de plusieurs professions et c’est très important d’essayer de  résoudre cette problématique. Dans le dernier budget, un bureau a été établi par le gouvernement fédéral pour se pencher sur le défi de l’équivalence des diplômes et pour aider les nouveaux immigrants à obtenir l’information juste quant aux règles et procédures à suivre pour obtenir les équivalences nécessaires.

AMS: Quelles sont vos idées au sujet du processus d’immigration et de ce que cela représente pour  le Canada.

MM: L’immigration est un enjeu très important pour le Canada. Nous apprécions les immigrants pour leurs compétences professionnelles mais aussi parce qu’ils viennent avec de nouvelles idées. L’immigration aide le Canada à devenir plus prospère, plus fort et plus important sur la scène internationale.

AMS: Des membres de la Fondation roumaine de Montréal et beaucoup de nos lecteurs se déclarent complètement confus par les refus de visas pour leurs proches.

MM: Nous travaillons très fort à l’amélioration des services pour faciliter les visites au Canada. Le fait que la Roumanie fasse maintenant partie de l’Union européenne apporte une croissance économique accrue. Les Roumains voyagent de plus en plus au Canada pour y faire de courtes visites. Le problème de l’immigration illégale est toujours présent et n’est pas spécifique à la Roumanie. Ceci est tout un défi pour le gouvernement canadien, mais nous mettons beaucoup d’efforts pour améliorer la situation et faciliter les déplacements entre nos deux pays.

AMS: Vous avez touché le sujet de l’admission de la Roumanie dans l’Union européenne. Croyez-vous que le Canada va annuler l’obligation d’obtenir un visa pour les Roumains ? La Pologne aussi est dans le même cas.

MM: Sérieusement, notre objectif est qu’un jour tous les ressortissants des pays membres de l’Union européenne voyagent au Canada sans visa. Toutefois, ça prendra du temps. Le Canada tient présentement des consultations intensives avec l’Union européenne à Bruxelles et, en même temps, au niveau bilatéral.

Sauf les Estoniens, tous les citoyens des pays nouvellement admis dans l’Union européenne depuis 2004 et qui avaient besoin d'un visa pour voyager au Canada ont toujours besoin de ce visa. Le Canada est donc en pourparler, tant avec les gouvernements de ces huit pays qu’avec l’Union européenne à ce sujet.

AMS: Comment voyez-vous l’intégration  de la Roumanie à l’OTAN?

MM: La Roumanie est l’un des nouveaux pays de l’OTAN qui prend son nouveau rôle très au sérieux. Le Premier ministre du Canada a noté que la Roumanie travaillait très fort au sein de l’OTAN. La Roumanie est présente en Afghanistan, tout comme le Canada. De plus, nos deux pays ont de très bons échanges dans de nombreux domaines en matière de sécurité. Nous travaillons très bien ensemble.

AMS: Quel est le niveau actuel de l’investissement canadien en Roumanie et de celui de la Roumanie au Canada?

MM: Les chiffres ont quelque peu diminué récemment et le Québec, notamment, a perdu quelques marchés. La Roumanie doit maintenant adhérer aux règlements de l’Union européenne. Les discussions sont maintenant entre Bruxelles et Ottawa à ce sujet. Nos exportations diminuent, mais nous développons d’autres domaines. Chaque mois, de plus en plus de compagnies canadiennes qui viennent ici, et demandent des informations, en vue d’investir ou d’exporter. Les compagnies roumaines transigent davantage avec les pays de l’Union européenne, mais nous les encourageons à penser davantage au Canada, surtout dans les secteurs cibles comme l’environnement, l’énergie et la construction. Il y a aussi beaucoup de potentiel dans le domaine de l’informatique. L’investissement canadien à l’étranger est habituellement comptabilisé en données cumulatives et non individuellement. Selon nos informations, le Canada a investi en Roumanie, en 2003, environ 7 millions $ CAD. L’investissement fut à peu près du même ordre en 2004 et 2005. Concernant 2006, les données ne sont pas encore disponibles.

AMS: L’Ambassade du Canada prête son assistance aux universitaires qui font la promotion d’études canadiennes interdisciplinaires en Roumanie et en Bulgarie et administre les programmes de subventions. L’Ambassade ou le gouvernement du Canada ont-ils des budgets à cet effet?

MM: La contribution canadienne en Roumanie et Bulgarie est somme toute modeste en matière d’études canadiennes. Les études canadiennes s’implantent petit à petit en République de Moldova. Nous travaillons chaque année avec des budgets restreints - quelques milliers de dollars pour nos quatre pays d'accrédi-tation. Dans ces circonstances, nous comptons beaucoup sur les professeurs roumains, leur volonté de travailler fort et sur les universités, qui sont beaucoup plus nombreux qu’on le croit à s’intéresser et à supporter les études canadiennes multidisciplinaires, tant en français, qu’en anglais.

Récemment, j’étais au Centre d’études canadiennes ici, à Bucarest. Le Canada soutient les professeurs intéressés aux études canadiennes et l’Ambassade compte faire de son mieux. J’ai également rencontré des «canadianistes» à Oradea et Ploiesti. Ils veulent faire plus, les subventions sont modestes mais avec ingéniosité et inventivité, on peut faire beaucoup de belles choses.

AMS: Pouvez-vous nous faire part des statistiques entourant les demandes d’immigration des citoyens roumains, actuellement en traitement, au bureau de Vienne et de l’Ambassade du Canada?

MM: Je peux vous donner les statistiques de l’année dernière où 4720 Roumains ont immigré au Canada. De ce nombre, 3886 se sont installés au Québec. C’est beaucoup, mais les chiffres baissent parce qu’en 2000, 2001 et 2002, entre 6 000 et 7 000 Roumains immigraient au Canada chaque année. Le nombre diminue depuis que le bassin de bons emplois ici en Roumanie augmente. Je suis certaine qu’il y a beaucoup de Roumains qui, peut-être, il y a dix ans, ont pensé à aller au Canada mais qui restent ici maintenant parce que leurs conditions de vie s’améliorent beaucoup… Même que les autorités roumaines nous grondent quelque peu à l’occasion parce qu’elles nous disent vouloir garder les Roumains ici, mais le Canada reste toujours un pays ouvert. Nous sommes heureux qu’il y ait des Roumains parmi les immigrants au Canada, parce qu’ils sont de très bons travailleurs et de très responsables citoyens canadiens. On les aime bien au Canada! Voilà, je vous donne d’autres statistiques: en 2003, nous avons émis 5004 visas; en 2004,  4777 visas; en 2005,  4581 visas.

AMS: Excellence, je sais que vous offrez des services pour les Roumains, Bulgares, Moldaves et Chypriotes. Faites-vous une différence entre les citoyens roumains, bulgares, moldaves, chypriotes? Comment trouvez-vous les Roumains ?

MM: Quand je rencontre les citoyens de ces quatre pays, tous me sont très sympathiques. Je connais moins les Moldaves. J’ai été seulement une fois en République de Moldova. Chypre est une île dans la Méditerranée. Du côté grec, l’économie va très bien. Quant au nord, il s’agit d’une région ayant ses propres particularités et ses propres défis. La Roumanie est un pays en croissance, c’est un peuple en croissance. Il s’y passe beaucoup de choses et le potentiel est énorme. Et ce n’est pas seulement le cas à Bucarest. Il y a de beaux édifices, de beaux magasins… Encore une fois, quand je suis allée à Oradea, à Alba Iulia, à Brasov, à Ploiesti, j’ai aussi observé des changements. La croissance est rapide, il y a de la diversité. Les personnes se sentent bien dans leur peau. Ils ont confiance. Ils veulent voyager, aller ailleurs en Europe, aller au Canada, parfaire leur éducation, établir  des échanges commerciaux, ça se voit…

AMS: Si vous aviez un message à transmettre aux 131.830 Roumains qui vivent au Canada, aux 19.450 qui vivent au Québec et aux 17.310 résidant à Montréal (c’est la statistique de 2003), quel serait-il ?

MM: Je suis ravie de voir tant de Roumano-Canadiens au Québec et à Montréal. En tant que Montréalaise, j’en suis très fière. Au Canada, ces chiffres augmenteront sûrement car, chaque année, de nouveaux immigrants viennent s’établir, surtout au Québec. Je pense que mon message serait celui-ci : merci, merci beaucoup  d’être de bons résidents, de bons citoyens du Canada. Je perçois les Roumains au Canada, et même les Canadiens en Roumanie, comme de vrais ambassadeurs. L’un de mes objectifs consiste à travailler avec la communauté roumaine au Canada. Il faut s’investir davantage au niveau du commerce bilatéral, des investissements, du tourisme, des échanges acadé-miques. On peut encourager davantage les liens entre les personnes, liens qui sont très importants. Bref, encourager les Roumanos-Canadiens à être de bons ambassadeurs pour la Roumanie et de bons citoyens pour le Canada.

AMS: Parce que vous êtes Montréalaise, avez-vous visité la Place de la Roumanie à Montréal lors de son inauguration?

MM: Oui, absolument.

AMS: Comment se fait-il que je ne vous ai pas vue?

MM: Si vous vous rappelez bien, il y a eu un incident à la Place de la Roumanie. À l’époque j'étais directrice responsable de la Roumanie aux Affaires étrangères à Ottawa. J’étais avec le Président Iliescu et nous y étions allés ensemble pour célébrer. J’ai vu que beaucoup d’efforts avaient été faits, les enfants, les étudiants étaient prêts avec leurs chansons, avec leurs poèmes, prêts à célébrer. Et puis ces quelques personnes ont tout bouleversé! J’ai compris qu’il s’agissait de quelques personnes qui étaient fâchées contre le Président. Cependant, pour  nous la Place de la Roumanie est très importante, le poète Eminescu est très important et il fallait faire une belle célébration pour tout le monde et surtout pour les jeunes.

AMS: Mais la statue vous plaît-elle?

MM: Moi, elle m’a plu, mais je sais qu’il y a un peu de controverse à ce sujet. C’est un symbole, c’est moderne. Un symbole pour un poète roumain très important.

 

*) Je veux remercier Mesdames Ligia Marincus, agente principale des affaires publiques, culturelles et académiques, et Ana Maria Gabriela Olaru, adjointe du même programme pour l’aide accordée pour réaliser cette entrevue.

 Ana Maria Surugiu