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TRIBUNA NOASTRA |
Les patenteux au Québec
Denis Bureau
Sans
aucune prétention, j’aimerais bien vous raconter ceci.
Je ne sais trop par quelles motivations, l’image de la campagne québécoise de
mon enfance jaillit. J’y vois les animaux de ferme, les terres agricoles, les
terres à bois ainsi qu’un personnage aussi vrai qu’imaginaire… le patenteux »
du village. Je me ferme les yeux, je le vois dans une pièce sombre, une caverne
d’Ali Baba. Il est étrange, lunatique et avare de ses mots. Il vous
confec-tionne tout pour quelques dollars.
Parlez-en à un voisin canadien-français, vous verrez, il en connait probablement
un, soit dans son village natal soit dans celui de ses parents. Le Québec de mon
enfance fourmille de ces patenteux et de ces « ramancheurs » sauf que ces
derniers font partie d’une autre histoire.
C’est difficile pour moi d’expliquer le pourquoi du comment. C’est à dire d’où
viennent-ils ? Et comment ont-ils fait éruption dans nos villages ? Les données
historiques, les textes, l’internet et les journaux sont peu bavards à ce sujet.
L’imaginaire fait donc place au rationnel mais un fait demeure. Le Québec en
compte plusieurs. Le terme « patenteux » s’est imposé dans les années 1970(1).
Au fait, qu’est-ce qu’un « patenteux » ? Le Petit Larousse illustré (2006)
explique : adj. et n. Québec. Fam. se dit d’un bricoleur ingénieux. Une
« patente » ; n.f. (angl. Patent) Québec. Fam. invention, procédé ingénieux.
Objet quelconque; machin, bidule. Le Petit Larousse associe donc ces deux mots à
la province de Québec.
Les patenteux sont généralement des autodidactes. Ils récupèrent, créent et
inventent des bidules et des machins … ou bien des patentes comme mes parents
s’amusaient à les caractériser.
Les patenteux, nous les retrouvons entre autres dans nos campagnes, nos garages
du coin de la rue ou bien dans nos cours de matériaux recyclés (scrap yard). Ils
sont ingénieux et créatifs. Vous expliquez un problème, ce dernier devient
rapidement une opportunité d’exploiter son génie créateur. Les objets ainsi
créés sont uniques. Le patenteux ne cherche pas à les produire en série.
Ce génie créateur nait de la nécessité, de la simplicité volontaire ou bien de
l’absence de moyens financiers. Tout comme ce besoin d’entasser des objets tout
aussi hétéroclites les uns dans les autres. De petits moyens financiers mais des
idées plein la tête.
L’inspiration prend racine d’un problème quotidien, de la rencontre de matériaux
recyclés ramassés ici et là sans aucune raison apparente. Les amas de matériaux
empilés, classés sans un ordre apparent interpellent leurs génies créateurs. Ils
entreprennent des projets qui prennent des proportions inattendues, inusitées et
surprenantes. On les associe à l’art indiscipliné. Cet art est associé aux
créations artistiques marginales, une forme d’art populaire et éphémère. La
Société des arts indisciplinés (SAI) www.sai.qc.ca en a recensé. De plus, «La
Patente» - seize émissions produites par Swan Productions - nous révèle comment
les patenteux trouvent des solutions aux petits problèmes de la vie quotidienne.
Le phénomène est donc encore très contemporain.
En terminant, vous saurez me dire s’il en existe ailleurs en ce bas monde …
cette race de créateur à l’affut de la solution à nos petits problèmes du
quotidien et qui pour quelques dollars résolve tout … ou presque !!!!
(1) Vous désirez en connaitre plus sur nos patenteux du Québec, je vous suggère de consulter à la Bibliothèque Nationale du Québec : Les patenteux du Québec, Louise de Grosbois et Lise Nantel, Montréal, Édition parti pris, 1974, page 276p.
À la prochaine!